Marseille

À Marseille, bénévoles et salariés racontent le confinement des plus précaires

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Le 16 mars 2020, le président de la République a évoqué, à la fin de son allocution, la situation des plus précaires :

« Pour les plus précaires, pour les plus démunis, pour les personnes isolées, nous ferons en sorte, avec les grandes associations, avec aussi les collectivités locales et leurs services, qu’ils puissent être nourris, protégés, que les services que nous leur devons soient assurés ».

Alors que le mot d’ordre « restez chez vous » est martelé dans tous les médias, qu’a-t-il été mis en place pour les personnes les plus vulnérables, celles hébergées dans des centres d’urgence ? Qu’en est-il pour celles sans domicile alors que l’ensemble de la population est appelée à « rester chez elle », celles pour qui la distanciation sociale n’est pas un apprentissage nouveau, que nous nommerons les « oubliés » du confinement ?

Appliquer les mesures barrières semble particulièrement compliqué, comme en témoignent les bénévoles des Restos du cœur, ainsi que des salariés d’un Centre d’hébergement et de réinsertion sociale (CHRS) et d’un Centre d’accueil pour demandeurs d’asile (CADA) de l’association marseillaise MJF-Jane Pannier, avec laquelle une des auteures travaille pour ses recherches doctorales.

Les gestes barrières : quels obstacles de mise en œuvre ?

Alors que les cinq gestes barrière s’affichent en première page sur nos moteurs de recherche, un article de Nathalie Ramirez, pointait le manque de toilettes publiques dans la ville de Marseille.

Seule une quinzaine de toilettes, dont certaines sont fermées à cause de l’épidémie, sont accessibles aux personnes sans abris au sein de la cité phocéenne.

En 2016 (dernier recensement), le nombre de personnes sans domicile fixe était d’environ 14 000.

Dans ces conditions, comment respecter ces mesures sanitaires primordiales afin de ne pas contracter le virus ? Des personnes sans domicile fixe viennent également frapper à la porte du CHRS, afin d’y trouver une place. Cependant, en raison du confinement, les établissements ne sont plus en mesure d’assurer un roulement permettant d’accueillir de nouvelles personnes.

Les hébergées du CHRS Jane Pannier en train de confectionner des masques.
Jane Pannier/Actualités Covid-19

De nouvelles procédures rythment désormais le quotidien des personnes hébergées : prise de température quotidienne et obligation de se désinfecter les mains pour récupérer ses clés. Une salariée nous confie que cela n’est pas simple, car il s’agit d’un lieu de vie, qu’ils prennent toutes les mesures nécessaires afin de pallier une éventuelle propagation du virus, par le port de masque et de gants, mais les personnes hébergées ne le font pas : « Elles sont chez elles. Tu portes pas ton masque chez toi ».

Retour à l’essentiel : les tâches nécessaires

Les nouvelles procédures imposées afin de limiter les risques de contamination ont complètement chamboulé le travail des salariés du CHRS. Alors que l’administratif représentait une réelle charge au point d’en faire perdre le sens du travail pour les professionnels, se rendre utile et servir les autres redevient profondément capital. Les travailleurs sociaux du CHRS s’occupent désormais des tâches les plus basiques, telles que distribuer le pain ou encore la nourriture du réfrigérateur.

Dans le même objectif, l’accès de la cuisine est désormais restreint à trois personnes par heure. Nous retrouvons des contraintes similaires auprès des bénévoles devant assurer la continuité de l’accompagnement des personnes sans domicile fixe. Les missions des associations se réduisent pour se concentrer sur l’essentiel comme en témoigne un bénévole effectuant les maraudes pour les Restos du cœur :

« [Il faut] continuer au maximum comme avant (les besoins des bénéficiaires sont les mêmes, voire on remarque la présence de plus de bénéficiaires) tout en garantissant au maximum qu’on ne les contamine pas (personnes fragiles et isolées et le nombre d’interactions des bénévoles fait de nous un potentiel vecteur important de contamination). Pour limiter le risque de propagation (on s’est) recentrés sur la mission d’apporter de la nourriture. »

Un besoin de maintenir le lien social

Il semble primordial d’établir un lien de confiance avec les personnes précaires comme le confie un deuxième maraudeur :

« Globalement, quand les gens ont un souci, ils ont beaucoup plus de mal à avoir de l’aide, parce que les gens “fuient” encore plus que d’habitude. Les gens ont l’air encore plus craintifs que d’habitude, ce qui peut se comprendre. »

De plus, en ce temps de confinement, une attention particulière doit être portée à la communication, à l’écoute des peurs, à la réponse aux questions, même les plus anodines comme nous le signale une travailleuse sociale :

« Il faut garder le lien, et ils nous remercient pour ça »

Ces personnes déjà fragilisées ont conscience des dangers de l’épidémie, sans pour autant pouvoir gérer les risques comme elles le voudraient. De même, cette crise sanitaire inédite représente l’occasion pour les salariés et les bénévoles de ces associations de retrouver le sens de leur travail et leur engagement initial dans l’accompagnement des publics les plus précaires.



Laura BETON, Doctorante en Sciences de Gestion, Centre d’Etudes et de Recherche en Gestion d’Aix Marseille, Aix-Marseille Université (AMU)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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